Marianne et Louis : PVTistes en duo, entre licence et master

Marianne et Louis sont en PVT en duo à Vancouver depuis décembre. Je les ai rencontrés via Facebook, alors qu’ils recherchaient des compagnons pour un roadtrip dans les Rocheuses. Interview au coin du feu, sous l’œil des montagnes de Banff.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Marianne : Je m’appelle Marianne, je suis étudiante en droit, j’ai 24… 25… euh 23 ans ! Je viens d’Angers.

Louis : Moi je m’appelle Louis, j’ai 23 ans et je viens aussi d’Angers. Ma mère est vendéenne et mon père est lorrain 😊

 

Pourquoi avez-vous pris la décision de partir en PVT, et notamment pourquoi au milieu de vos études ? Je précise que vous avez fini votre licence et allez entrer en master en septembre prochain. J’ai surtout rencontré des personnes qui partaient « post études » jusqu’à présent.

M : On ne pouvait pas partir avec nos études parce qu’on n’avait pas les notes. On en a un peu « chié » pendant la licence. On voulait aussi améliorer notre anglais tout en faisant une petite coupure. On a trouvé la solution PVT en cherchant sur internet.

L : Je savais que je voulais partir à l’étranger après ma licence. A la base je voulais plutôt partir en Espagne, j’en ai discuté avec Marianne, elle m’a dit « Pourquoi pas partir oui, mais pas en Espagne ».

M : Oui, je voulais surtout partir pour l’anglais. J’envisageais l’Angleterre, mais Louis, ça ne le chauffait pas trop. On ne se voyait pas se forcer à aller quelque part pour l’autre, ça n’avait pas de sens. Surtout si ça se passe mal, on se le reprocherait. Le Canada nous motivait tous les deux.

 

Justement, est-ce que c’était une évidence pour vous de partir ensemble au Canada ? Et j’insiste sur le mot ensemble ! 

L : Quand on a décidé de partir tous les deux au Canada, on avait bien conscience que c’était compliqué comme il s’agit d’un tirage au sort. Mais on n’a jamais imaginé partir seuls. Lorsque j’ai été sélectionné en premier, et que ça a mis du temps pour Marianne, on s’est dit que je ne partirai pas. Si on était amenés à changer nos plans, moi j’irais en Espagne, Marianne irait comme fille au pair en Angleterre.

M : Oui, même si dans ce cas on aurait été chacun de notre côté, et plus susceptibles d’avoir des coups de blues, c’est plus facile de se retrouver quand tu es en Angleterre ou en Espagne plutôt qu’au Canada. Mon frère, ça lui est arrivé de partir loin comme ça, seul, et il l’a très mal vécu.

L : Personnellement je ne me voyais pas partir tout seul 6 mois, déjà que ce n’était pas facile de partir comme ça à l’étranger, loin de la famille… Déjà à deux, c’était super compliqué, énormément de stress. Tout seul, pour moi, c’était inimaginable.

 

Comment vos proches ont réagi à l’annonce de votre départ au Canada ?

M : Je ne me souviens pas d’une réaction négative. Le seul truc, c’est que tout le monde m’a dit : « Mais comment tu vas faire, tu vas jamais reprendre tes études, t’auras jamais le courage ! » Mais j’avais déjà mon projet professionnel en tête, donc c’était beaucoup plus facile. Je savais que j’avais une motivation. Je partais pour ce projet, pour devenir bilingue, pour faciliter mes études par la suite. Je sais que cela peut être un point bloquant en droit quand tu n’es pas bilingue. La plupart de mes amis m’ont enviée. Enfin, ça leur a donné envie de partir ! J’ai d’ailleurs une amie qui a fait Erasmus à cause de ça je pense.

L : Ma famille l’a toujours bien accepté, parce que j’avais toujours eu l’idée de partir. Ma mère travaille en école d’ingénieurs, et dans ces établissements, c’est plutôt encouragé de faire une année de césure. Mes amis aussi ont trouvé ça cool.

 

Vous êtes proches de la fin de votre expérience PVT, donc vous avez plus de recul que les gens que j’ai rencontrés jusqu’à présent. Pouvez-vous parler de vos expériences professionnelles ici au Canada ?

M : J’ai été dishwasher (= faire la plonge) dans un salon de thé et après j’ai travaillé chez Starbucks. J’ai appris à bosser avec des gens que j’aimais pas trop ahaha 😀 J’ai aussi appris qu’on était bien chanceux d’être en France au niveau du droit du travail, de la protection sociale… C’est quand on part qu’on s’en rend compte !

L : Pour ma part, j’ai fait landscaper, l’équivalent d’ « ouvrier paysagiste/jardinier ». Au début j’ai eu du mal à trouver parce qu’il y a une grosse saison morte durant l’hiver qui est très pluvieux, de novembre à janvier. En plus, je n’avais pas du tout d’expérience là-dedans en France. Au début, ça te met un peu un coup au moral quand t’as ta copine qui bosse, alors que toi tu te fais chier, t’as pas d’argent à dépenser, il fait pas beau… J’ai trouvé mon job début février, par Craigslist. C’était une entreprise familiale, d’origine portugaise. C’était assez intéressant, je n’avais jamais fait ce métier-là, j’ai pu acquérir de nouveaux savoir-faire. Et j’ai aussi pu prendre conscience du droit du travail, de la chance qu’on a en France, des différences entre nos deux pays..

Avec le recul, une chose qui m’a marqué ici, c’est qu’en tant qu’entreprise, tu peux faire du travail qui n’est pas si qualitatif que ça, et malgré tout survivre… Du peu d’expérience que j’ai, je dirais qu’en France, quand tu es en entreprise du bâtiment, il faut vraiment être bon pour survivre. Alors qu’ici, il y a tellement de travail, que même si tu fais du travail pas terrible, ou que tu as une mauvaise gestion… ça change pas grand chose.

 

Côté intégration sociale, comment vous avez géré ça ?

M : On avait un contact au Canada par nos parents, qui nous a aidés pour pas mal de trucs : où prendre nos forfaits de téléphone, la banque etc… Après on s’est débrouillés pour tout bien sûr, mais elle nous a donné des pistes. Mais j’ai trouvé que ce n’était pas facile de se faire des amis canadiens. Et comme il y a beaucoup d’étrangers, comme nous, au boulot tu ne croises pas trop de canadiens. J’ai surtout bossé avec des mexicains, des chinois, des japonais, des tchèques… Il y a aussi une grosse communauté française, donc tu te retrouves facilement avec eux.

L : Moi aussi, j’ai bossé globalement avec des étrangers : tchèques, portugais, guatémaltèques… Mais je ne me suis pas entendu plus que ça avec mes collègues. C’est peut-être mon regret, qu’on n’ait pas vraiment fait de connaissances particulières ici, à part les français qu’on connaissait un peu avant de venir ici.

M : Oui moi aussi je regrette de ne pas m’être fait des amis canadiens.

L : Mais comme on vivait dans une grosse colocation (10 personnes) avec des gens du monde entier, on parlait en anglais avec eux, on s’est bien entendus. On n’est pas restés 100 % entre français. Mais c’est un peu le problème quand même, la facilité à rester entre français.

M : Surtout qu’on est en couple, donc tu as d’autant plus tendance à rester entre français.

 

Un conseil pratique pour la vie quotidienne ici pour celles et ceux qui envisageraient de venir ? Ou sur le fait de partir en couple ?

M : Le groupe du Croûtard sur Facebook, c’est vraiment cool car la communauté est vraiment au taquet, tu mets un truc et en 5 minutes t’as des réponses. Et sinon, ne pas se faire avoir pour les logements, il faut faire super gaffe ! Demander des contrats, des écrits…

L : Pour ce qui est du couple, il ne faut pas hésiter à partir à deux. C’est peut-être plus dur d’avoir un logement par exemple, mais c’est possible, et au final on s’en tire pour moins cher. Et puis ça peut être rassurant de partir en duo.

M : Oui, c’est un atout comme un désavantage. C’est un désavantage pour ton niveau d’anglais, tu feras peut-être moins de rencontres. Mais c’est aussi un confort car si ça ne va pas, tu auras toujours quelqu’un sur qui compter.

 

Qu’est-ce que ce PVT a changé/vous a apporté pour la suite de votre parcours ?

L : De l’autonomie. Rien que le fait d’oser envoyer des candidatures comme ça, d’aller chercher du travail… Ca m’a donné aussi l’envie de voyager, de repartir autre part.

M : Je dirais pareil, voyager encore plus. Tu te rends compte qu’en fait, tu peux voyager pour presque rien. Enfin presque rien… si t’es pas trop regardant, tu peux te débrouiller.

 

Une chanson qui vous a accompagnés durant cette expérience de PVT ?

M : J’ai pleiiiiin de chansons ! Je dirais « Don’t let go ». Et Céline Dion, bien évidemment, « J’irai où tu iras » !!!

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Merci à Marianne et Louis pour leurs réponses franches ! Et pour ce super road trip qu’on a partagé pendant plus de 2 semaines 🙂

 

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